Un philosophe va-t-en-guerre,
au lobby des armes, il peut plaire.
Barbara Botton
Ma patrie est comme une barque
Qu’abandonnèrent ses haleurs
Et je ressemble à ce monarque
Plus malheureux que le malheur
Qui restait roi de ses douleurs.
[..]
Que le soleil meure ou renaisse
Le ciel a perdu ses couleurs
Tendre Paris de ma jeunesse
Adieu printemps du Quai-aux-Fleurs
Je reste roi de mes douleurs.
(extrait du poème « Richard II quarante »)
Louis Aragon
Oh ! oui, Messieurs les journalistes
On s’amuse ici, c’est certain ;
Les poilus ne sont jamais tristes
Ils rigolent soir et matin …
Notre ordinaire est délectable
Nos couchettes sont de vrais nids.
Nous nageons dans le confortable,
La tranchée est un paradis.
« On s’amuse dans la tranchée ? … »
M’écris-tu sérieusement.
La question n’est pas tranchée …
Et je souris tout simplement …
Sous-lieutenant L. Vibert
Sources :
– « Les auteurs de la tranchée », pages choisies des lauréats du concours des auteurs du front » , La Renaissance du Livre, Paris, 78 boulevard Saint-Michel, 1917
– « Poèmes de poilus » anthologie de poèmes dirigée par Guillaume Picon, Editions Points, 2014
On vous dit : la lutte est terminée
Célébrons le règne de la Paix
Embrassons nos agresseurs
C’est des frères et c’est des sœurs
C’est fini : on ne se battra plus jamais
Le lendemain, sur le coup de midi
L’œil féroce, de gros barbus s’écrient :
» Mourir quand on a vingt ans
C’est le destin épatant
Tous en armes, et sus à l’ennemi. »
Boris Vian
Source : « Textes et chansons » Boris Vian, Éditions René Julliard, 1966