Barbara Botton
Quatre lustres et trois printemps
Ont rempli ma triste carrière.
J’ai vu mourir ma tendre mère ;
J’ai vu mourir mes deux enfants ;
Hélas ! J’ai vécu bien longtemps.
Victoire Babois
Tableau de Nicolas Perseval « Vieille femme » (entre 1785 et 1790)
Il passa ! J’aurais dû sans doute
Ne point paraître en son chemin ;
Mais ma maison est sur sa route,
Et j’avais des fleurs dans la main.
Il parla : j’aurais dû peut-être
Ne point m’enivrer de sa voix ;
Mais l’aube emplissait ma fenêtre,
Il faisait avril dans les bois.
Il m’aima : j’aurais dû sans doute
N’avoir pas l’amour aussi prompt ;
Mais, hélas ! quand le cœur écoute,
C’est toujours le cœur qui répond.
Il partit : je devrais peut-être
Ne plus attendre et le vouloir ;
Mais demain l’avril va paraître,
Et, sans lui, le ciel sera noir.
(« L’Ame sereine« )
Source : « Anthologie des Poètes français contemporains (1866–1926) », G. Walch, éditée par Librairie Delagrave, 15 rue Soufflot, 75005 Paris, 1935
Mets bien ton cœur contre mon cœur ;
Ame attristée, âme blessée !
Entends le cri de ta douleur,
Entends l’écho de ta pensée.
Non, tu n’es pas seule ici-bas,
Ma présence est dans ta présence,
Mon âme en chacun de tes pas,
Mon silence dans ton silence.
Comme une pluie est sur les fleurs
Après la brume et le nuage,
A chaque goutte de tes pleurs
Une larme est sur mon visage.
Tableau de Jean-Baptiste Greuze « Une jeune fille qui pleure son oiseau mort«
À ma mère
Quand j’étais un enfant, quand, à la vieille église,
Au son de l’Angélus j’allais à travers les blés,
Le ruisseau dans les jours, l’abeille dans la brise,
Pour me parler tout bas, avaient des mots ailés.
Dans les vitraux du chœur, les saints à barbe grise
Semblaient joindre leurs mains sur mes cheveux bouclés,
Et le long des sentiers, où rougit la merise,
Les bluets me suivaient de longs regards voilés.
Comme un brouillard léger que le jour évapore
Et distribue en pluie aux fleurs qu’il fait éclore,
Vous vous êtes fondue en déluge de pleurs.
Rêves de mon passé ! l’amour fut votre aurore
Et vous avez vécu dans l’espace sonore
Ce que vit la rosée au fond d’un lys en pleurs.
Jean Lorrain
du recueil « Parfums anciens »
Source : Jean Lorrain « Le Sang des Dieux », L’Harmattan éditeur, 2017