Quand un livre vous éclaire
il doit forcément vous plaire.
Barbara Botton
Les bateaux sont partis, ce soir la mer est belle,
La vague vient vers moi comme un serpent brillant,
De grands oiseaux planant autour de moi m’appellent ;
Dans le vent qui se lève c’est ta voix que j’entends.
La vague vient rouler à mes pieds sur le sable,
La trace de mes pas s’efface peu à peu,
Ma tristesse aujourd’hui est inimaginable,
Avec cet océan qui bouge entre nous deux.
Les bateaux sont partis, ce soir la mer est calme,
Le vent qui vient des îles exhale doucement
Une plainte de harpe en jouant dans les palmes.
Je regarde la mer et c’est toi que j’entends.
J’attends que le soleil tout à l’heure apparaisse,
Que son premier rayon vienne effleurer ma peau.
L’heure des enchantements, l’heure de la détresse
Et c’est toi que j’attends qui vas sortir des eaux.
Bernard Dimey
Bernard Dimey « Sable et Cendre », Christian Pirot, éditeur, 1992
Illustration : Tableau de Rafal Olbinski « L’arc-en-ciel sur mer »
J’aimerais tant voir Syracuse
L’île de Pâques et Kairouan
Et les grands oiseaux qui s’amusent
À glisser l’aile sous le vent.
Voir les jardins de Babylone
Et le palais du Grand Lama
Rêver des amants de Vérone
Au sommet du Fuji-Yama.
Voir le pays du matin calme,
Aller pêcher au cormoran
Et m’enivrer de vin de palme
En écoutant chanter le vent …
Avant que ma jeunesse s’use
Et que mes printemps soient partis
J’aimerais tant voir Syracuse
Pour m’en souvenir à Paris.
Bernard Dimey
Source : Bernard Dimey » Le Milieu de la nuit », Christian Pirot, éditeur, 2002
Bernard Dimey
Source : Bernard DIMEY » Le Milieu de la nuit », CHRISTIAN PIROT, Editeur, 2002
…
J’ai toujours adoré Paris quand la nuit tombe
Quand les loups et les chiens vont y risquer leur peau,
Les filles ont alors des accents d’outre-tombe
Pour proposer l’amour comme on offre un crapaud.
Paris m’a perdu dans ses architectures,
Labyrinthes, tombeaux dont je n’ai pas les clés,
Il faut que l’amour vienne et que l’angoisse dure,
J’ai toujours adoré les animaux traqués.
..
Le peuple de Paris déguste des princesses
En exclusivité dans les journaux du soir …
Idoles de papier renouvelées sans cesse,
Votre détresse est douce à nos vieux désespoirs.
Lorsque Paris sera réduit à quelques cendres,
A quelques mots gravés sur des plâtres noircis,
Jusqu’au portail d’enfer oserons-nous descendre ?
Nous qui cherchons, ce soir, notre vie par ici …
..
Bernard Dimey
Fragment de « Le Bestiaire de Paris »
Source : Source : Bernard Dimey » Le Milieu de la nuit », Christian Pirot, éditeur, 2002