Mon amour à la robe de phare bleu,
je baise la fièvre de ton visage
où couche la lumière qui jouit en secret.
J’aime et je sanglote. Je suis vivant
et c’est ton cœur cette Étoile du Matin
à la durée victorieuse qui rougit avant
de rompre le combat des Constellations.
Hors de toi, que ma chair devienne la voile
qui répugne au vent.
* extrait des « Trois soeurs »
René Char
Illustration : tableau « Dame lisant une lettre « de Jan Vermeer
En trompant l’homme que j’aime
je me suis trompée moi-même.
Barbara Botton
Le temps qui défait tout fait de moi un grison :
Mes cheveux sur mes tempes blanchissent à foison
Et ma bite inactive a perdu tout son poids ;
Je n’ai plus dans la main qu’un petit bout de gras.
Je m’étonne parfois en regardant mes couilles :
« A qui sont, m’écriais – je, ces deux pois qui pendouillent ?
La vieillesse est venue ; j’en connais les effets :
Je sais faire l’amour alors qu’il me défait,
J’en aime l’ABC, j’en connais les amorces
Mais ce savoir n’est rien, quand le vit est sans force ».
Straton de Sardes
Source : Straton de Sardes « La Muse adolescente », texte choisi et traduit par Pierre Maréchaux, Éditions Gallimard 1995