Le temps qui défait tout fait de moi un grison :
Mes cheveux sur mes tempes blanchissent à foison
Et ma bite inactive a perdu tout son poids ;
Je n’ai plus dans la main qu’un petit bout de gras.
Je m’étonne parfois en regardant mes couilles :
« A qui sont, m’écriais – je, ces deux pois qui pendouillent ?
La vieillesse est venue ; j’en connais les effets :
Je sais faire l’amour alors qu’il me défait,
J’en aime l’ABC, j’en connais les amorces
Mais ce savoir n’est rien, quand le vit est sans force ».
Straton de Sardes
Source : Straton de Sardes « La Muse adolescente », texte choisi et traduit par Pierre Maréchaux, Éditions Gallimard 1995
« La science sans conscience n’ est que ruine de l’âme. »
Et c’est là que Lucifer fait ses meilleures gammes.
Barbara Botton
Couche-toi sur la grève et prends en tes deux mains,
Pour le laisser couler ensuite, grain par grain,
De ce beau sable blond que le soleil fait d’or ;
Puis, avant de fermer les yeux, contemple encore
La mer harmonieuse et le ciel transparent,
Et, quand tu sentiras, peu à peu, doucement,
Que rien ne pèse plus à tes mains plus légères,
Avant que de nouveau tu rouvres tes paupières,
Songe que notre vie à nous emprunte et mêle
Son sable fugitif à la grève éternelle.
Henri de Régnier
source : « Œuvres de Henri de Régnier », Mercure de France 1913
Pour que ton rire pur, jeune, tendre et léger,
S’épanouisse en fleur sonore,
Il faut qu’avril verdisse aux pousses du verger,
Plus vertes d’aurore en aurore,
Il faut que l’air égal annonce le printemps
Et que la première hirondelle
Rase d’un vol aigu les roseaux de l’étang
Qui mire son retour fidèle !
Mais, quoique l’écho rie à ton rire avec toi,
Goutte à goutte et d’une eau lointaine,
N’entends-tu pas gémir et répondre à ta voix
La plainte faible des fontaines ?
Henri de Régnier
source « Œuvres de Henri de Régnier », Mercure de France 1913