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Epigrammes satiriques, Mes épigrammes
J’ai ma tristesse dans ma chair et ma joie dans les livres.
Celui-ci s’est ouvert pour que j’y trouve un droit de vivre
plus acceptable que mon dû. Je me nourris de fables
et de malentendus. Je ne sais pas si mes semblables
comprennent que mon seul bonheur est dans l’imaginaire.
Mon esprit, qui a peur, se sentira toujours prospère
dans la pénombre et l’inconnu où soudain s’organise
un monde revenu de la raison, de ses hantises,
de ses fracas. J’ai mes tourments en marge de mon être :
dans mon verbe qui ment, il m’est loisible de renaître
car je m’abstiens de décider si je meurs ou végète.
Ni vif ni décédé, découvrirais-je un exégète ?
Selon l’humeur de l’écriture, dans mon corps tout est faux,
et mon poème dure comme le pas du girafeau,
le soleil qui verdit, le gel qui brise la logique.
J’entends dans l’irréel une promesse de musique.
Alain Bosquet
Tableau de Rafał OLBINSKI » Solitude à la pleine lune »
La lumière est sur nous comme un buisson d’abeilles,
En nous vibre une vaste et vermeille rumeur,
Le monde recommence où nos âmes pareilles
Vont piller les vergers du bonheur :
Ce que les cœurs puissants ont rêvé de saisir,
La vie épanouie en gerbe jusqu’aux cimes,
La tendresse, l’éclair, les regrets, le désir,
Quels astres, quelles fleurs ! fût-ce au bord des abîmes.
Violette Rieder
Source : « Les cent poèmes du bonheur », édition OMNIBUS, 2002
Les hirondelles, par milliers,
Allant, venant, d’aile légère
Vont rasant les petits sentiers,
Les eaux, les blés et la bruyère.
Partout s’élançant des hautes moissons,
L’alouette active a percé la nue,
Modulant, roulant ses longues chansons
Par-delà l’azur, à perte de vue.
Gustave MATHIEU
Source : Gustave MATHIEU « Parfums, chants et couleurs » G. CHARPENTIER, éditeur, 13 rue de Grenelle-Saint-Germain, Paris, 1878
Barbara Botton