Que mon désert est grand, que mon ciel est immense !
L’aigle, sans se lasser, n’en ferait pas le tour ;
Mille cités et plus tiendraient en ce contour ;
Et mon cœur n’y tient pas, et par-delà s’élance.
Où va-t-il ? Où va-t-il ? Oh ! Nommez-moi le lieu !
Il s’en va sur la route à l’étoile tracée ;
Il s’en va dans l’espace où vole la pensée ;
Il s’en va près de l’ange, il s’en va près de Dieu ! ..
Eugénie de Guérin
Source : « Le livre de quatre-vingts poétesses », Cristina Campo, Éditions R&N, 2025
La mer sera sans poissons
Le rossignol sans chansons,
Et les lauriers sans verdure,
L’été n’aura point de grains,
L’hiver sera sans froidure
Et l’automne sans raisins,
Le printemps sera sans fleurs,
Les tulipes sans couleurs
Et les roses sans épines,
Les sphères sans mouvement,
Quand, pour vos beautés divines,
Je serai sans sentiment.
Pierre Berthelot
illustration: tableau de Pierre Mignard « La Vierge et l’Enfant et le petit saint Jean