Barbara Botton
Barbara Botton
Combien j’ai douce souvenance
Du joli lieu de ma naissance !
Ma sœur, qu’ils étaient beaux, les jours de France !
Ô, mon pays, sois mes amours,
Toujours !
Te souviens-tu de notre mère,
Au foyer de notre chaumière,
Nous pressait sur son cœur joyeux, ma chère,
Et nous baisions ses blancs cheveux,
Tous deux ?
[..]
Te souvient-il du lac tranquille
Qu’effleurait l’hirondelle agile,
Du vent qui courbait le roseau mobile,
Et du soleil couchant sur l’eau,
Si beau ?
Qui me rendra mon Hélène,
Et ma montagne, et le grand chêne ?
Leur souvenir fait tous les jours ma peine !
Mon pays sera mes amours,
Toujours !
Du soleil de ce jour la chaleur altérée
Jaunit les cheveux de la déesse Cérès,
Puis, il se retire ; et nous gagnons le frais,
Ma Marguerite et moi, de la douce soirée.
Nous parcourons les bois à pas égarés ;
Amour marche devant, et nous marchons après ;
Si le vert ne nous plait des épaisses forêts,
Nous descendons pour voir la couleur du pré.
Nous vivons libres d’émois et n’avons point de soucis
Des rois, ni de la cour, ni des villes aussi.
Ô Médoc, mon pays solitaire et sauvage !
Il n’est point de pays plus plaisant à mes yeux !
Tu es au bout du monde, et je t’en aime mieux :
Nous savons, après tout, les malheurs de notre âge.
Étienne de La Boétie
Titre original : « Ce jourd’huy, du soleil la chaleur altérée » (Du soleil de ce jour la chaleur altérée)
Source : « Anthologie de la Poésie française », Marcel ARLAND, éditions STOCK, 1942