Le ciel – souvent si bleu – reflète la mer
et, même la nuit, ne reflète pas la terre.
Barbara Botton
Qu’elle est belle la terre, avec ses vols d’oiseaux
Qu’on entrevoit soudain à la vitre de l’air,
Avec tous ses poissons à la vitre de l’eau !
La peur les force vite à chercher un couvert
Et l’homme reste seul derrière le rideau.
Qu’elle est belle, la terre, avec ses animaux,
Avec sa cargaison de grâce et de mystère !
Le poète se tient à la vitre des mots.
Cette beauté qu’il chante, il la donne à son frère
Qui se lave les yeux dans le matin nouveau.
Du soleil de ce jour la chaleur altérée
Jaunit les cheveux de la déesse Cérès,
Puis, il se retire ; et nous gagnons le frais,
Ma Marguerite et moi, de la douce soirée.
Nous parcourons les bois à pas égarés ;
Amour marche devant, et nous marchons après ;
Si le vert ne nous plait des épaisses forêts,
Nous descendons pour voir la couleur du pré.
Nous vivons libres d’émois et n’avons point de soucis
Des rois, ni de la cour, ni des villes aussi.
Ô Médoc, mon pays solitaire et sauvage !
Il n’est point de pays plus plaisant à mes yeux !
Tu es au bout du monde, et je t’en aime mieux :
Nous savons, après tout, les malheurs de notre âge.
Étienne de La Boétie
Titre original : « Ce jourd’huy, du soleil la chaleur altérée » (Du soleil de ce jour la chaleur altérée)
Source : « Anthologie de la Poésie française », Marcel ARLAND, éditions STOCK, 1942
Je ne veux plus parler qu’aux têtes de feuillages
Les grands peupliers bleus qui naviguent l’été
Et qui, jaillis du cœur vigoureux des herbages
Balancent l’ombre oblique et l’odeur des ramiers.
Terre au sang vert ouvert, aux ressacs de collines
Terre aux fleuves de vent, à la tunique d’eau
Pavoisée de vin noir, d’olives, de fumées
Terre pavée de mers, de femmes, de troupeaux
Toi mon pays, ma soif, ma gorge, ma brûlure
Ma ronce, mon couteau, ma reine, ma sueur
Je te referme en moi, ma trop douce blessure
Comme farine et feu unis aux Chandeleurs.
Luc Bérimont
Source : « Poésies complètes », tome II, Presses Universitaires d’Angers, 2009
Comment ça va sur terre ?
– Ça va, ça va, ça va bien.
Les petits chiens sont-ils prospères ?
– Mon Dieu, oui merci bien.
Et les nuages ? – Ça flotte.
Et les volcans ? – Ça mijote.
Et les fleuves ? – Ça s’écoule.
Et le temps ? – Ça se déroule.
Et votre âme ? – Elle est malade
le printemps était trop vert
elle a mangé trop de salade.
Jean Tardieu
Titre du poème » Conversation (sur le pas de la porte, avec bonhomie) »
Source : Tardieu « Œuvres », Éditions Gallimard, 2005