Lorsque chacun des dieux prit un arbre en partage,
Alcide, nous dit-on, choisit le peuplier ;
Le lierre, pour Bacchus, déploya son feuillage,
Apollon sourit au laurier.
De la céleste cour le monarque suprême
Au chêne décerna l’empire des forêts.
Minerve à l’olivier dit : » Tu seras l’emblème
De l’abondance et de la paix« .
J’ai dans mon cœur un oiseau bleu,
Une charmante créature,
Si mignonne que sa ceinture
N’a pas l’épaisseur d’un cheveu.
Il lui faut du sang pour pâture.
Bien longtemps, je me fis un jeu
De lui donner sa nourriture :
Les petits oiseaux mangent peu.
Mais, sans en rien laisser paraître,
Dans mon cœur il a fait, le traître,
Un trou large comma la main,
Et son bec, fin comme une lame,
En continuant son chemin,
M’est entré jusqu’au fond de l’âme.
Tableau de Berthe Morisot « Petite fille à l’oiseau »
Nulle ivresse ne m’est venue
D’avoir fréquenté les humains,
Étonnés par mon âme nue,
Ils ne me tendent pas les mains.
Je ne veux plus rien de ceux-là
Qu’il faut appeler mes semblables.
Monde haineux, peureux et plat,
Nos lois n’ont pas les mêmes tables.
On peut être heureux sans amis,
Les choses valent qu’on les aime,
Mon bonheur à moi je l’ai mis
Dans tout ce qui vient de moi-même…
…
Dans le visible et l’invisible
Je me promène en souriant.
Mon destin n’a rien d’effrayant :
Je suis seule, mais je suis libre !
Parmi vous, décevants humains,
Déjà pareille à mon fantôme,
J’aime mieux mon grave royaume
Que vos bonheurs sans lendemains.
Au jour venu, que l’heure sonne
Où l’on doit renoncer à tout !
Je ne devrai rien à personne
Et chacun me devra beaucoup;
Car toutes ces belles années
À l’écart de vos tristes bruits
Auront encore nourri mes fruits,
-Et je vous les aurai données.
Lucie Delarue-Mardrus