J’étais fou d’amour pour Suzon,
Femme infidèle ;
Maintenant que j’ai retrouvé la raison,
Je me fous d’elle.
Léon Garnier
Vous souvient-il de l’auberge
Et combien j’y fus galant ?
Vous étiez en piqué blanc :
On eût dit la Saint Vierge.
Un chemineau navarrais
Nous joua de la guitare.
Ah ! que j’aimais la Navarre,
Et l’amour, et le vin frais.
De l’auberge dans les Landes
Je rêve, – et voudrais revoir
L’hôtesse au sombre mouchoir,
Et la glycine en guirlandes.
(Titre original du poème « Chanson »)
Vivre d’Amour, c’est donner sans mesure,
Sans réclamer de salaire ici-bas ;
Ah ! sans compter je donne étant bien sûre
Que lorsqu’on aime, on ne calcule pas.
Au Cœur divin, débordant de tendresse,
J’ai tout donné ! légèrement je cours …
Je n’ai plus rien que ma seule richesse :
Vivre d’amour !
[..]
Vivre d’Amour, c’est garder en soi-même
Un grand trésor en un vase mortel.
Mon Bien-Aimé, ma faiblesse est extrême !
Ah ! je suis loin d’être un ange du ciel.
Mais, si je tombe à chaque heure qui passe,
Me relevant, m’embrassant tour à tour,
Tu viens à moi, tu me donnes ta grâce,
Je vis d’amour !
Vivre d’amour, c’est naviguer sans cesse,
Semant la joie et la paix dans les cœurs ;
Pilote aimé ! la charité me presse,
Car je te vois dans les âmes, mes sœurs.
La charité, voilà ma seule étoile ;
À sa clarté, je vogue sans détour ;
J’ai ma devise écrite sur ma voile :
«Vivre d’amour !»
(extrait)
Sainte Thérèse de Lisieux
source : « Histoire d’une âme », 1923
Un voile clair, un voile épais
Recouvre notre destinée
Mais l’étoile qui nous est née
Demeure une étoile de paix.
Peuvent-ils nous mentir, les astres
Ou se trompent-ils de cent ans ?
Et confondent-ils les désastres
Dans la perspective du temps ?
Étoiles, faites des mensonges !
Je crois mon amour et mes songes.
Jean Cocteau
Source : livre de Jean Marais « Histoires de ma vie », Albin Michel, 1975
Je ne crains pas les coups du sort,
Je ne crains rien, ni les supplices,
Ni la dent du serpent qui mord,
Ni le poison dans les calices,
Ni les voleurs qui fuient le jour,
Ni les sbires ni leurs complices,
Si je suis avec mon Amour.
[..]
Haine qui guette et chat qui dort
N’ont point pour moi de maléfices ;
Je regarde en face la mort,
Les malheurs, les maux, les sévices ;
Je braverais, étant sans vices,
Les rois, au milieu de leur cour,
Les chefs, au front de leurs milices,
Si je suis avec mon Amour.
[..]
(extrait)
Germain Nouveau
tableau de Rafal Olbinski « Manon Pelleas et Melisande »