Les Parisiens ont plébiscité la saleté dans Paris.
C’est le Jour de Fête pour les Rats et les Souris.
Barbara Botton

À ma mère
Quand j’étais un enfant, quand, à la vieille église,
Au son de l’Angélus j’allais à travers les blés,
Le ruisseau dans les jours, l’abeille dans la brise,
Pour me parler tout bas, avaient des mots ailés.
Dans les vitraux du chœur, les saints à barbe grise
Semblaient joindre leurs mains sur mes cheveux bouclés,
Et le long des sentiers, où rougit la merise,
Les bluets me suivaient de longs regards voilés.
Comme un brouillard léger que le jour évapore
Et distribue en pluie aux fleurs qu’il fait éclore,
Vous vous êtes fondue en déluge de pleurs.
Rêves de mon passé ! l’amour fut votre aurore
Et vous avez vécu dans l’espace sonore
Ce que vit la rosée au fond d’un lys en pleurs.
Jean Lorrain
du recueil « Parfums anciens »
Source : Jean Lorrain « Le Sang des Dieux », L’Harmattan éditeur, 2017
… Où la forêt est la plus sombre,
Regardez la Sirène des bois :
Le Rossignol, qui n’est que voix,
Son corps faisant à peine une ombre ;
Regardez cet atome sonnant,
Qui va toujours s’entretenant
De sa douleur accoutumée ;
Ce petit oiseau désolé
N’est plus qu’une voix emplumée,
Un son volant, un chant ailé.
Quelle chose délicieuse,
D’entendre tant divers accords,
Qui ne partent, au lieu d’un corps,
Que d’une plume harmonieuse ;
Il hausse, il baisse, il se soutient
Le mignard rêveur s’entretient
Du déplaisir qui le consume ;
Mais bien qu’il soit chantre savant,
Sous un léger habit de plume,
Ce n’est rien qu’un souffle vivant …
Georges de Scudéry
Source : « Anthologie de la poésie baroque française », Jean Rousset, édition Arman Colin, Paris 1968
Rien d’étonnant que les animaux maltraités
se sont – de façon inconsciente – révoltés.
Barbara Botton



Le laboureur m’a dit en songe : « Fais ton pain,
Je ne te nourris plus ; gratte la terre et sème ».
Le tisserand m’a dit : « Fais tes habits toi-même » ;
Et le maçon m’a dit : « Prends la truelle en main ».
Et seul, abandonné de tout le genre humain
Dont je traînais partout l’implacable anathème,
Quand j’implorais du ciel une pitié suprême,
Je trouvais des lions debout dans mon chemin.
J’ouvris les yeux, doutant si l’aube était réelle :
De hardis compagnons sifflaient sur leur échelle,
Les métiers bourdonnaient, les champs étaient semés.
Je connus mon bonheur, et qu’au monde où nous sommes,
Nul ne peut se vanter de se passer des hommes ;
Et depuis ce jour-là, je les ai tous aimés.
Sully Prudhomme
Sources « Les Épreuves »