Le peuple ressemble à un cheval débridé
qui se cabre, s’emballe et doit être guidé.
Barbara Botton
fresque représentant Alexandre le Grand et son cheval, Bucéphale
En te voyant toute mignonne,
Blanche dans ta robe d’azur,
Je pensais à quelque madone
Drapée en un pan de ciel pur ;
Je songeais à ces belles saintes
Que l’on voyait, du temps jadis,
Sourire sur les vitres peintes,
Montrant du doigt le paradis ;
Et j’aurais voulu, loin du monde
Qui passait frivole entre nous,
Dans quelque retraite profonde,
T’adorer seul à deux genoux.
…
François Fabié


À quoi pense la Nuit, quand l’âme des marais
Monte dans les airs blancs sur tant de voix étranges,
Et qu’avec des sanglots qui font pleurer les anges
Le rossignol module au milieu des forêts ? ..
À quoi pense la Nuit, lorsque le ver luisant
Allume dans les creux des frissons d’émeraude,
Quant murmure et parfum, comme un zéphyr qui rôde,
Traversent l’ombre vague où la tiédeur descend ? ..
Elle songe en mouillant la terre de ses larmes
Qu’elle est plus belle, ayant le mystère des charmes,
Que le jour regorgeant de lumière et de bruit.
Et – ses grands yeux ouverts aux étoiles – la Nuit
Enivre de secret ses extases moroses,
Aspire avec longueur le magique des choses.
Maurice Rollinat
Source : recueil « Paysages et paysans » ; Maurice Rollinat « Poèmes choisis » Éditions EDILIVRE APARIS, 2012
Là, dans la terre, comme un mort,
Y dormant de la même sorte,
Entre le ver et la cloporte,
La chenille attend son essor.
Cette humble et misérable chose
Couve, pour la gloire des airs,
Des buissons, des chemins déserts,
Sa magique métamorphose.
Elle deviendra fleur instable,
Le vivant écrin délectable
Du caillou, du roc, du sillon.
Elle sera, mutine et folle,
Cette petite âme qui vole,
Grâce et silence : un papillon !
Maurice Rollinat
source : Maurice Rollinat « Les Bêtes », Bibliothèque-Charpentier, Eugène Fasquelle, éditeur, 1911
Combien j’ai douce souvenance
Du joli lieu de ma naissance !
Ma sœur, qu’ils étaient beaux, les jours de France !
Ô, mon pays, sois mes amours,
Toujours !
Te souviens-tu de notre mère,
Au foyer de notre chaumière,
Nous pressait sur son cœur joyeux, ma chère,
Et nous baisions ses blancs cheveux,
Tous deux ?
[..]
Te souvient-il du lac tranquille
Qu’effleurait l’hirondelle agile,
Du vent qui courbait le roseau mobile,
Et du soleil couchant sur l’eau,
Si beau ?
Qui me rendra mon Hélène,
Et ma montagne, et le grand chêne ?
Leur souvenir fait tous les jours ma peine !
Mon pays sera mes amours,
Toujours !