Hirondelle qui viens de la rue orageuse
Hirondelle fidèle, où vas-tu ? dis-le moi.
Quelle brise t’emporte, errante voyageuse ?
Écoute, je voudrais m’en aller avec toi.
[..]
Hirondelle, aux yeux noirs, hirondelle, je t’aime !
Je ne sais quel écho par toi m’est apporté
Des rivages lointains ; pour vivre, loi suprême,
Il me faut, comme à toi, l’air et la liberté.
Lundi, mardi, mercredi :
Roulis, fourbis, cliquetis.
Cœurs et jours à folles ailes
Dans leur fuite de gazelles.
Jeudi : soucis.
Vendredi : giboulis. torticolis.
Joues au vent, à petits sauts
Joutent les jours jouvenceaux.
De lundi à samedi.
La course aux maravédis.
Florins, francs, ducats, roupies !
Tournez les ans, les toupies,
Les monts, les mers, les mâtures
Et plusieurs lunes futures.
Mais où est fleur de pervenche,
Sur son ineffable branche,
Naïve et douce de hanche.
Ma dimanche ?
Ô, ma dimanche !
Norge
J’ai ma tristesse dans ma chair et ma joie dans les livres.
Celui-ci s’est ouvert pour que j’y trouve un droit de vivre
plus acceptable que mon dû. Je me nourris de fables
et de malentendus. Je ne sais pas si mes semblables
comprennent que mon seul bonheur est dans l’imaginaire.
Mon esprit, qui a peur, se sentira toujours prospère
dans la pénombre et l’inconnu où soudain s’organise
un monde revenu de la raison, de ses hantises,
de ses fracas. J’ai mes tourments en marge de mon être :
dans mon verbe qui ment, il m’est loisible de renaître
car je m’abstiens de décider si je meurs ou végète.
Ni vif ni décédé, découvrirais-je un exégète ?
Selon l’humeur de l’écriture, dans mon corps tout est faux,
et mon poème dure comme le pas du girafeau,
le soleil qui verdit, le gel qui brise la logique.
J’entends dans l’irréel une promesse de musique.
Alain Bosquet
Sans bruit, sous le miroir des lacs profonds et calmes,
Le cygne chasse l’onde avec ses larges palmes,
Et glisse. Le duvet de ses flancs est pareil
À des neiges d’avril qui croulent au soleil.
Mais, ferme et d’un blanc mat, vibrant sous le zéphire
Sa grande aile l’entraîne ainsi qu’un lent navire.
Il dresse son beau col au-dessus des roseaux,
Le plonge, le promène allongé sur les eaux,
Le courbe gracieux comme un profil d’acanthe,
Et cache son bec noir dans sa gorge éclatante.
Armand Sully-Prudhomme