Ici gît, Étranger, la verte sauterelle
Qui durant deux saisons nourrit la jeune Hellé,
Et dont l’aile vibrant sous le pied dentelé
Bruissait dans le pin, le cytise ou l’airelle.[..]
…
La terre maternelle et douce aux anciens Dieux
Fait à chaque printemps, vainement éloquente,
Au chapiteau brisé verdir une autre acanthe ;
D’autre côté, Madame Ortie
Qui veut être de la partie,
Avec son cousin le chardon,
Vient citer une médisance
D’une jeune fleur de melon
À qui l’on voit enfler la panse.
L’étang dont le soleil chauffe la somnolence
Est fleuri, ce matin, de beaux nénuphars blancs ;
Les uns, sortis de l’eau, se dressent tout tremblants,
Et dans l’air parfumé leur tige se balance.[..]
Nous nous taisons. Le vent balance
Les deux saules sur l’abreuvoir ;
Et je sais, malgré ton silence,
Que ce soir est le dernier soir.[..]